Un fugitif éclair court dans les yeux veloutés. Mais elle riposte, moqueuse :
— Quelle poésie !
— C’est vous qui m’inspirez… D’ordinaire, je ne m’exprime qu’en vulgaire prose.
— Je suis très flattée !… Mais… est-ce que vous voudriez bien me rendre ma main ?… Vous avez une façon d’en faire votre bien !
— Si vous l’exigez absolument… Je n’en ai pas la moindre envie… Au contraire.
L’un après l’autre, il baise les doigts tièdes qui frémissent sous ses lèvres.
— Quel avide garçon, vous êtes parfois ! Jean. Tâchez donc d’être plus raisonnable.
Les paroles prêchent la sagesse, mais l’attitude ne les soutient pas ; l’indéfinissable sourire flotte sur la bouche, un peu railleuse, comme les yeux dont le regard est tout ensemble curieux, amusé — et calme.
Cette fille de race et de mince fortune, pour son milieu et ses goûts, — grâce au dédain de l’argent, absolu chez ses parents, marquis et marquise de Champtereux, — cette vierge avertie et ambitieuse sait fort bien qu’il est nécessaire de faire quelques frais, point désagréables d’ailleurs, pour conquérir les jeunes hommes pouvant leur assurer l’indispensable luxe. Dans ses aïeules, il y a eu des maîtresses de roi…
Cette fois, elle n’a pas le loisir de discuter avec elle-même sur la conduite à tenir. D’un mouvement vif, Jean s’est redressé à la voix de Marise :