L’auto monte l’avenue des Champs-Élysées, d’une allure à écraser les plus prudents, puis stoppe devant le Palace où les équipages, allongés en une file imposante, annoncent la réunion select qu’abrite la coupole.
Jean saute à terre, fait descendre les jeunes femmes ; et tous trois, le majestueux escalier étant gravi, pénètrent dans le hall où, parmi les plantes vertes et les fleurs, au son d’une voluptueuse musique, devant les spectateurs immobilisés aux petites tables de thé, des couples très nombreux ondoient lentement avec cet air d’application qui caractérise les danses actuelles.
Les hommes, pour la plupart, sont très jeunes ; les plus âgés, de toute évidence, appartiennent à la phalange des inoccupés, parmi les gens du monde. Quelques uniformes évoluent avec une conviction recueillie. Mais jeunes femmes et jeunes hommes semblent accomplir une fonction sérieuse ; le plus grand nombre, avec infiniment de grâce et une sensibilité extrême du rythme suggestif de la musique.
Le tango triomphe pour l’instant.
Jean a introduit ses compagnes dans leur loge où, lentement, elles écartent leur manteau et attirent regards, saluts, sourires de bienvenue.
Ce dancing est devenu une sorte de cercle, à l’usage des femmes du vrai monde qui tiennent à s’amuser et y viennent, à l’heure du thé, se retrouver, se recevoir, s’offrir les tours de tango et autres danses qui les tentent ; voire aussi se critiquer, se jalouser et flirter, oh ! combien ! A cet effet, le hall du Dancing-Palace est le temple même de la coquetterie.
De la main, Marise répond à des amies qui lui font signe, tandis que l’orchestre répand le flot d’une harmonie grisante et berceuse qu’accompagne la voix passionnée d’un chanteur tonitruant.
— Ce n’est pas mal, ce qu’ils jouent là ! remarque Jean.
— Oui, c’est tentant, approuve Sabine. Voulez-vous que nous le dansions ?
Marise, un brin gourmande, proteste :