Cependant, l’orchestre jette ses derniers accords. La voix du chanteur se tait sur une note ardente comme un appel.

Alors, Jean et Sabine s’arrêtent lentement, à regret, encore grisés un peu, reconnaissants du plaisir qu’ils viennent de se donner l’un à l’autre.

Une seconde, leurs prunelles se confondent ; mais déjà, ils reprennent l’entière possession d’eux-mêmes. Et Jean s’exclame, avec sa vivacité joyeuse :

— Oh ! Sabine, c’est un rêve du paradis de Mahomet de danser avec vous !

Elle rit un peu, écartée de lui, revenant vers la loge de Marise.

— Le compliment peut vous être renvoyé. Oui, nous venons de goûter des minutes charmantes que nous retrouverons tout à l’heure…

— Pourquoi pas tout de suite… Entendez-vous ? l’orchestre reprend déjà !

— Oui, mais Marise nous attend pour goûter !… Vous êtes insatiable de danse ! J’ai très soif de mon thé…

— Et moi, j’ai soif de vous, Sabine…

Sans répondre, moqueuse, elle hausse un peu les épaules ; mais son sourire est caressant et une lueur, discrètement triomphante, luit au fond de ses prunelles.