Jean la suit, l’œil charmé par son allure de nymphe qu’aurait habillée un couturier parisien.

Littéralement, ce qu’il lui a dit est la vérité. Elle le grise par sa beauté dont elle distille le charme avec une coquetterie savante. Et il y a plus d’un moment où il se demande, presque surpris, pourquoi il ne prononce pas les paroles décisives qui lui donneraient, il le sent, cette patricienne exquise.

Peu lui importe que les Champtereux dissipent avec insouciance leur patrimoine familial ; — le père au jeu, surtout ; la marquise, la belle marquise de Champtereux, par ses toilettes et ses réceptions ; leur héritier, Hugues, dans les plaisirs de toute sorte qu’il s’accorde sans compter, certain que le jour où il voudra, son nom et sa personne lui apporteront la dot réparatrice.

Pour Jean, la question d’argent n’existe pas. Jamais il n’a eu à en tenir compte, et il l’ignore.

Alors quoi ?… Comme flirt, il goûte infiniment la belle créature qui a l’art d’exaspérer son attrait vers elle, en accordant peu… très peu.

Mais, il s’agit d’épouser ?… Aussitôt, surgissent, en lui, d’obscures et singulièrement fortes résistances. En somme, il ne connaît d’elle que la mondaine dont la hautaine liberté d’allures le charme et — en son for intérieur — le choque. Avec son injustice masculine, il condamne tout bas ce qu’il est ravi de recevoir. En vain, il cherche à pénétrer ce qu’elle est. Sa personnalité intime demeure invisible… Quelle est la qualité de son cœur ? Quelle somme de délicatesse, de générosité, de droiture renferme son âme, dont les replis sont jalousement voilés ? Jusqu’à quel point a-t-elle les préjugés, les idées de sa caste ?…

Pas un brin poseuse, si intelligente soit-elle, naïvement, elle est snob. Elle a une façon de dire : « Il ou elle n’est pas de notre monde », que Jean note comme une faiblesse amusante et imprévue, à une époque de démocratie, mais qui met entre elle et lui, une imperceptible distance que son orgueil d’homme lui a, jusqu’alors, rendu impossible de franchir. Tenace, il a l’intuition que, s’il n’était pourvu d’une fortune considérable, Sabine de Champtereux, quoiqu’il lui plaise, qu’elle le tienne pour un garçon chic, s’arrêterait devant son nom sans titre qui le met, lui aussi, en dehors de « son monde »…

Et aussi fier qu’elle-même, il garde son entière liberté, tout en jouissant des avantages du flirt.

— Eh bien ! Dautheray, vous venez de faire un tour de tango ? jette une voix masculine.

Jean cesse de contempler Sabine. C’est Hugues de Champtereux qui l’interpelle, la main tendue, aussi séduisant que sa sœur.