— Tout d’abord, ne m’appelle pas ainsi « madame », de cette façon solennelle, mais « marraine », selon notre vieille habitude !… Mon enfant, je suis « syncopée » de te voir ! Quelle résurrection !
Ici, la seconde de silence qui surgit, fatalement, après le choc du rapprochement imprévu, quand les vies ont été longtemps séparées. Puis les questions jaillissent du cerveau de Mme Dautheray.
— Mais, Hélène, pourquoi ne m’avoir pas annoncé tes projets de retour ? Et ensuite, pourquoi ne m’avoir pas écrit que tu étais à Paris ? Je te croyais toujours en Alsace… sinon, repartie à New-York.
— Hélène, vous êtes une cachottière ! fait gaiement Jean qui s’est incliné sur la main très bien gantée qu’elle lui a tendue d’un geste amical. Je ne vous connaissais pas ce défaut, si mes souvenirs ne me trompent pas.
— Peut-être vos souvenirs sont si lointains que votre mémoire les a saupoudrés d’oubli.
Elle parle, en souriant, d’un ton léger, avec un imperceptible accent anglais ; mais une ombre a passé dans les larges yeux, d’un gris bleu de pastel, sous les cils très foncés, des yeux intensément lumineux et « pensants ».
— Enfin, Hélène, depuis quand es-tu à Paris ?
— Depuis trois semaines environ, marraine.
— Tu en avais assez de l’Alsace ? Tu désirais revoir Paris ?
— J’avais besoin de venir m’y réinstaller pour refaire ma vie, dit-elle simplement, avec une sorte de fermeté calme qui désoriente un brin Mme Dautheray.