Cette Hélène, soudain réapparue, lui semble toute différente de celle qu’elle connaissait ; et elle articule, traduisant ainsi son sentiment confus :

— Que de bouleversements depuis que nous nous sommes vues ! Cela fait des années, en somme. C’est inconcevable !

— Oui, je me suis mariée en avril 1914 et, tout de suite après, nous sommes partis pour New-York.

— C’est l’hiver suivant que tu as perdu ton mari ? ma pauvre petite.

— A la fin de février.

— Et si tragiquement ! Ah ! la guerre t’a bien atteinte, toi aussi !

— C’est vrai, marraine, j’ai traversé des heures très cruelles, fait brièvement Hélène qui voudrait laisser dans leur tombe, ces jours du passé.

Jean en a l’intuition. Mais il n’a pas le temps d’arrêter sa mère sur la pente délicate où elle s’aventure ; car, déjà, elle interroge, curieuse affectueusement :

— Vous étiez à peine installés aux États-Unis quand la guerre a éclaté ?

— Oui, à peine.