Et Hélène continue rapidement, sentant qu’elle n’échappera pas à la nécessité d’un récit :

— Marcel, à cause de son extrême myopie, appartenait au service auxiliaire, d’autant qu’il n’était pas robuste. Aussi il n’a pas été mobilisé tout de suite. Mais il n’avait qu’une idée, revenir en France pour se battre…

— Et tu n’as pas pu le retenir ?

— Oh ! madame, je comprenais trop bien son désir pour l’arrêter ; et je lui ai dit, au contraire, que j’étais toute prête à repartir avec lui le plus tôt possible.

— Pourtant, tu n’es pas repartie ?

— J’étais, à ce moment-là, rendue très souffrante par mes espérances de maternité, et Marcel n’admettait pas que je risque la vie de notre enfant dans une traversée que les mines, les torpilles rendaient très dangereuse. Vous savez qu’il avait une volonté que rien ne faisait fléchir… Quand il a appris que la scierie de son père, près de Lauterbach, avait été brûlée par les Boches, que son père était mort d’émotion, il a décidé de partir sans plus attendre ; et malgré mes supplications pour qu’il m’emmène, après m’avoir confiée à de bons amis que nous avions là-bas, il s’est embarqué.

Hélène s’arrête.

Le reste, Mme Dautheray le sait. Pourquoi ressusciter des heures cruelles ? Mais, sans réfléchir, impulsive, elle continue :

— Et ce que le pauvre garçon redoutait pour toi est arrivé. Son navire a été torpillé, n’est-ce pas ?

— Oui.