— Et alors, tu t’es décidée à rester en Amérique ?
Un sourire un peu amer effleure les lèvres de la jeune femme.
— Où serais-je allée ? Je n’avais plus d’asile en France… Mes amis m’ont gardée.
— Des Français ?
— Oui. Le mari dirigeait les usines où Marcel était ingénieur. C’était un camarade d’enfance à lui ; la femme s’est montrée, pour moi, une vraie sœur aînée… Près d’eux, j’ai eu mon petit garçon ; et je suis restée jusqu’au moment où l’armistice m’a permis de rentrer en France…
— Oui… oui…, fait Mme Dautheray, qui, pleine de sympathie, a attiré dans les siennes la main de la jeune femme.
Pendant la guerre, absorbée par ses personnelles inquiétudes, elle n’a guère pensé à s’inquiéter du sort d’Hélène Heurtal et ignore complètement ce qu’il est advenu de l’enfant, né en ces tragiques circonstances. Aussi, elle ose à peine demander :
— Ton fils… tu as pu l’élever… sans trop de peine ?
Un sourire éclaire le visage d’Hélène.
— Bobby est très robuste, par bonheur. Il a hérité de ma santé ; de plus, il a reçu l’éducation fortifiante des petits Yankees ; et depuis notre retour en France, il s’ébroue comme un poulain, en pleine liberté, dans le jardin de sa tante.