— C’est que… c’est que je suis très occupé à vous regarder, Hélène… pour vous reconnaître.

— Ai-je donc tant changé ? demande-t-elle sans un brin de coquetterie, une simple interrogation dans les yeux.

— Oh ! oui, vous avez beaucoup changé. Vous n’avez plus du tout votre air de petite fille très sage.

— Quel compliment à rebours ! fait-elle amusée. De qui donc ai-je l’air ? D’une femme écervelée ?

Mme Dautheray intervient, scandalisée :

— Jean, tu es très malhonnête pour Hélène.

— Je n’en ai guère l’intention ; vous le savez bien, n’est-ce pas ? Hélène. Non, vous n’avez rien d’une femme écervelée ! Tout bonnement, vous êtes devenue une femme… Le papillon est sorti de sa chrysalide !

— Quelle jolie comparaison ! La simple vérité, c’est que j’ai vieilli. A mon âge, les années commencent à compter double.

— Vieilli ? Ah ! Dieu non, vous n’avez pas vieilli ! Vous vous êtes épanouie… merveilleusement. Ce que l’Amérique et l’Alsace vous ont réussi ! Mère, vous êtes de mon avis, n’est-ce pas ?

Avant que Mme Dautheray ait répondu, Hélène a détourné la conversation. De toute évidence, il lui déplaît d’être un sujet d’analyse.