— Évidemment, il n’a pas l’air très pressé. Mais ne te lasse pas, Marthe, car plus tard, tu ne pourrais peut-être plus l’amener dans la bonne voie ! J’en sais, hélas ! quelque chose. Aux belles heures de la jeunesse, j’ai trouvé incomparable de rester la bride flottante sur le cou. Et maintenant, il est bien des jours où je me dis que mieux eût valu suivre le chemin traditionnel et ne pas finir dans un foyer solitaire !

— Tu n’es pas isolé, Charles. Nous sommes avec toi, Jean et moi ! s’exclame Mme Dautheray apitoyée.

— Oui, oui, je sais et vous en ai beaucoup de gratitude. Mais il ne s’agit pas de moi, seulement de notre garçon que je désire, autant que toi, voir heureux. Pressons-le, mais ne le bousculons pas pour entrer dans le mariage. Qu’il ne puisse nous considérer comme des empêcheurs de danser en rond. Après tout, nous ne voulons pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse.

M. Desmoutières, ici, regarde sa montre et se dresse aussitôt.

— Midi moins le quart ! Je te quitte bien vite, ma chère Marthe. Je vais être en retard, et que dira mon maître-queux dont j’exige tant de ponctualité ! A demain, ma bonne sœur.

— Tu dînes avec moi, n’est-ce pas ?

— Avec vous, j’imagine.

Elle a un sourire confus et ravi.

— J’espère que Jean sera là, mais je n’en suis pas sûre du tout. Il est si recherché ! Le monde l’accapare absolument.

— Pas d’excès en cela non plus, Marthe. Il faut qu’il s’habitue à mettre dans sa vie des heures de travail. Que diable ! son père et moi nous lui avons donné l’exemple ! Je pense que tantôt il sera à la Société ?