— Excellent pour le développement de l’activité et de l’énergie ! marmotte le professeur, dont les yeux perçants n’ont pas cessé d’étudier Hélène… Mais déplorable pour l’affinement du goût littéraire.
Elle réplique alertement :
— Je ne crois pas que ce séjour aux États-Unis m’ait été mauvais au point de vue intellectuel… J’ai même, au contraire, l’impression qu’il a dû m’être favorable. J’ai vu, observé ; pris contact avec des mentalités différentes de la mienne, de ma cervelle de Latine, qui ont, il me semble, élargi mon horizon…; qui, tout au moins, m’ont révélé le plaisir d’étudier des êtres autres que moi… autres que ceux de mon pays…
— Et vous en êtes ravie, n’est-il pas vrai ? interroge la voix sarcastique de Raymond Barcane.
Elle le regarde en face avec un léger sourire.
— Bien entendu !… Et je suppose que vous particulièrement, monsieur, vous ne pouvez vous en étonner !
Il hausse les épaules.
— Moi, surtout ?… Parce que c’est mon métier, pensez-vous ?… Quand j’étais jeune comme vous, madame, en effet, j’entrais dans le monde des cerveaux et des âmes, en conquérant, un peu en aventurier, avide et curieux. Aujourd’hui…, sans doute parce que je demandais trop aux êtres, je trouve qu’ils ne valent guère l’intérêt que je leur accordais naïvement… Et je n’ai plus le goût d’être conquérant, ni aventurier, ni pillard… Les gens ne sont plus pour moi que des pantins que je m’amuse à faire agir, en vertu de l’expérience acquise, pour occuper les mornes heures de la vie… Vous ne me croyez pas ? madame.
— Non, pas du tout !… Je suis certaine que vous êtes resté curieux et ne pourriez être autrement…
— Parce que ?…