Elle rit.
— Parce que le mal est inguérissable chez les observateurs… La curiosité ? C’est le sel de la vie !
Ici, le professeur intervient, bourru un peu. Il a écouté le dialogue engagé subitement entre son fils et la visiteuse. Et, de minute en minute, s’infiltre davantage en lui la pensée que, après tout, cette jeune femme pourrait peut-être lui fournir une aide précieuse et agréable.
— Tout ceci, Raymond, est sans doute très passionnant à discuter. Mais ce n’est pas, aujourd’hui, la matière qui nous occupe. En une autre occasion, tu échangeras avec madame des aperçus psychologiques, si elle veut bien s’y prêter. Madame, mon ami Bourgeot me paraît avoir été clairvoyant. Vraiment, vous m’avez l’air capable de m’apporter l’assistance que je souhaiterais recevoir de vous. Consentiriez-vous à me donner quelques heures chaque jour, pour essayer, du moins, si nous nous entendons ? Je ne suis pas précisément aimable ; même, souvent, je suis assez grognon… Mais vous vous montrerez indulgente, comme c’est une charité de l’être avec les vieilles gens… Et ainsi, j’imagine que nous arriverons à travailler ensemble avec profit… si mon genre de travail ne vous paraît pas trop fastidieux.
Les yeux bleu pastel luisent de plaisir.
— Oh ! je ne pouvais désirer une occupation qui fût plus complètement dans mes goûts !
La figure revêche du professeur Barcane a, durant un éclair, une expression enchantée.
— Alors, tout est bien !… Venez dès demain, que nous commencions l’épreuve, sans retard. Mon fils ne nous dérangera plus, par exemple. Tu entends, Raymond, ma maison sera close quand je travaillerai avec Mme Heurtal.
Raymond Barcane s’incline, sans répondre. Mais une flamme ironique se joue dans la braise de ses prunelles.