La portière est soulevée. Et Jean apparaît, encore en tenue de cheval, un peu poudreux, mais tout de même très élégant, comme un garçon habillé par le premier tailleur en renom, mince et robuste, ainsi que l’a fait son métier d’aviateur. Il est grand, souple, rasé à l’américaine, des yeux rieurs, couleur de noisette, la bouche ferme et câline, les cheveux châtains, coupés court. En résumé, donnant l’impression d’un beau garçon, très chic.
L’admiration de sa mère ne s’égare pas.
Il se penche vers Mme Dautheray et, tendrement, embrasse son front, tandis qu’elle s’exclame, l’attirant :
— Bonjour, mon grand. Quelle belle mine tu as ! Tu n’as pas rencontré ton oncle ?
— Non.
— Il sort d’ici. Et… il n’est pas très content d’apprendre que tu n’avais pas été à la Société ce matin…
— Par cet admirable temps ?… Il ne pensait pas sérieusement que j’aurais la stupidité d’aller m’y enfermer !… Mais, ma scrupuleuse maman, soyez rassurée. Je ne mérite pas les foudres de mon oncle. J’ai paru à la Société. J’y ai signé au moins quatre lettres préparées par son secrétaire. J’en ai lu un nombre à peu près égal, intéressantes particulièrement, arrivées par le courrier de ce matin. Puis, ayant, une fois de plus, constaté que ma présence ne servait à rien du tout, le torrent des affaires coulant à merveille sans moi, j’ai annoncé que je reviendrais tantôt. Et j’ai filé vers mes propres occupations. Je ne tenais pas à jouer la mouche du coche.
— Jean, oh ! Jean… Si ton père t’entendait !
— Il est vrai que je recevrais un abattage. Père avait le culte des Affaires, avec majuscule. Le Val d’Or était son paradis. Le mien, à cette heure, est perché ailleurs, c’est positif ! Si vous saviez, comme le matin était adorable au Bois, vous comprendriez que j’ai regretté de n’avoir pas abandonné le cheval pour l’aquarelle.
Jean a toujours eu le goût passionné de la peinture. Professionnels et simples connaisseurs s’entendent à dire qu’il est remarquablement doué, mais son père s’est — avec son inflexible volonté — refusé à le laisser orienter vers les beaux arts, lui permettant tout juste d’acquérir un joli talent d’amateur — seul autorisé pour le futur directeur du Val d’Or. D’ailleurs, depuis qu’il est libre de ses actions, il succombe sans scrupule à toutes ses tentations en peinture.