— Beaucoup de monde au Bois, ce matin ? interroge Mme Dautheray, qui le contemple extasiée.
Il a pris possession du fauteuil douillet où, une demi-heure plus tôt, trônait M. Desmoutières, et, par la fenêtre ouverte, contemple, d’un œil d’artiste, dans le ciel printanier, la course des frêles nuages, ourlés d’argent.
— Oui, beaucoup de monde ! Des poignées de jolies femmes, entre autres Marise de Lacroix qui montait avec son mari et son amie Mlle de Champtereux. Nous avons fait un temps de galop. C’était exquis ! Dieu ! que la vie est bonne en terre de France, et que vous avez eu raison de m’en faire le don ! maman.
Mme Dautheray est enchantée de cette joie juvénile. Mais elle se souvient des recommandations de son frère, et, en écolière docile, elle répond :
— Mon grand, je suis bien aise que tu sois ravi ! Mais, tout de même, tu ne dois pas oublier que la vie ne peut être une fête perpétuelle. Le travail doit y jour un rôle de contrepoids.
— Oh ! mère, que ce « contrepoids » est donc lourd ! Sûrement, ce n’est pas vous qui l’avez mis en branle !
— Mon Jean, tu n’es jamais sérieux ! Pourtant, j’aurais grand besoin que tu le sois, au moins un moment… J’ai à causer avec toi…
— De…? questionne-t-il distraitement. Il étudie un jeu de lumière sur la branche que la brise agite devant la fenêtre.
— De…
Elle s’aventure avec précaution.