Mais il tient à son idée et, tandis qu’elle allume la lampe du samovar, il s’éclipse ; pour reparaître, cinq minutes plus tard, chargé de tant de richesses, qu’elle s’exclame :

— Mais, Jean… Jean, quel appétit nous supposez-vous donc ?

— Moi, Hélène, j’en ai un formidable. Vous, pas ? Et puis, ce qui restera appartiendra à Bobby. J’espère qu’il n’en sera pas autrement fâché.

— Soyez-en sûr, et merci pour lui. Maintenant, buvez votre thé, il est prêt.

Elle a tout préparé. Sur le napperon brodé, les tasses voisinent, parmi les menus ustensiles dont le métal flambe superbement.

— Hélène, quelle peine vous vous donnez ! Venez donc enfin vous asseoir.

— J’arrive… J’arrive ! Nous avons tout ce qu’il nous faut, je pense… Et maintenant, causons ! Je suis tout oreilles.

Elle s’assied devant lui. Ses larges prunelles, dans l’iris clair, brillent d’un éclat joyeux ; et les dents luisent entre les lèvres, merveilleusement fraîches. Jean la regarde avec un plaisir extrême qu’avive cette curiosité, qu’elle éveille maintenant en lui.

— Hélène, vous êtes une femme étonnante ; vous n’avez jamais l’air ennuyée !…

— Mais c’est que je ne m’ennuie jamais !