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Cependant, Hélène est si occupée par les documents qu’elle doit consulter, qu’à peine, à de rares instants, elle interrompt ses recherches pour contempler le décor charmant qu’elle aperçoit par la fenêtre entr’ouverte : la Seine nonchalante entre les arbres qui l’enserrent, au pied des maisons de jadis, sous l’ombre gothique de Notre-Dame. Parfois aussi, elle penche un peu la tête vers les quelques roses qu’elle a placées sur son bureau ; et elle en aspire le parfum, sans soupçon que sa jeune chair a l’éclat nacré des pétales qui l’embaument.

Le soleil d’été flambe sur les quais. Mais, dans le vaste cabinet, ombragé par les stores, la brise brûlante semble s’attiédir ; et Hélène, en sentant le frôlement sur son visage, pense, avec un plaisir presque physique, que Bobby est bien sous les arbres de la Muette… Tout à l’heure, elle le verra revenir, ses joues rondes, vermeilles comme un fruit mûr, l’ardeur de l’été bondissant en son jeune être qu’elle blottira contre sa poitrine. Ah ! comme elle l’adore, son tout petit !…

Décidément, sa pensée, pour un moment, vagabonde. Elle a repris sa plume, oui… mais elle n’écrit pas encore. Voici qu’elle songe à la bonne soirée — bien inattendue — qu’elle a passée la veille, justement à écouter la nouvelle pièce de Raymond Barcane, le plus gros succès de ce printemps.

Le matin, elle avait reçu un mot de Jean, qui lui envoyait des fauteuils pour la représentation du soir.

Il avait deux places ; et il terminait en demandant la permission d’occuper, près d’elle, le second fauteuil.

Comme une enfant, elle a été ravie par cette invitation imprévue, car elle avait bien fort le désir de voir ladite pièce ; et, d’autre part, son mince budget lui interdit les coûteuses soirées au théâtre. Pour faire honneur à Jean, habitué à n’accompagner que des femmes très élégantes, elle a apporté un soin extrême à s’habiller ; n’ayant d’ailleurs qu’une seule robe du soir, modernisée depuis son retour à Paris, noire et perlée, qui laisse nus, le cou, les épaules, les bras comme le commande la mode. Et vraiment, au premier regard que Jean a jeté sur elle, contente, elle a eu l’intuition que ses efforts n’ont pas été vains. D’autant qu’avec la franchise amicale qui caractérise leurs rapports, il s’est écrié tout de suite :

— Dieu ! que vous êtes jolie ! mon amie Hélène. Que ce ruban d’argent est bien dans vos cheveux !… Il vous fait ressembler à une petite statue grecque…

Gaiement, elle a répliqué :

— Tant mieux !… Je tenais fort à ne pas vous faire honte, à vous, habitué aux belles dames !… Oh ! Jean, que c’est gentil d’avoir pensé à moi ! Je suis ravie de voir cette pièce !