J’ai été très entourée pendant mes premiers jours de veuvage. Avouerai-je, presque « trop » !… Cette sollicitude, à divers degrés, dont je me sentais enveloppée, me touchait certes, mais aussi gênait un peu mon furieux appétit de liberté.
Meillane, avec sa subtile perspicacité, l’avait-il deviné ? Je ne l’ai pas vu, lui ; et, non plus Marinette, tout absorbée par son amie chère qui part ces jours-ci, je crois, pour un voyage d’été.
Ce pourquoi, mon papillon voltige à sa suite chez des fournisseurs variés, ne voulant pas perdre une bribe du temps que la bien-aimée peut encore lui accorder.
Autrefois sa tendresse d’enfant se fût ingéniée à me combler le vide — possible — creusé par un départ dont elle sait les conditions. Elle n’y a pas pensé…
Meillane m’a envoyé simplement une moisson de fleurs, — les roses du rouge ardent et sombre que j’aime, — et quelques lignes :
Vous le savez, n’est-ce pas, que c’est la seule crainte d’être indiscret qui m’empêche d’aller à vous ces jours-ci ?… Quand vous souhaiterez la présence de votre ami, madame, appelez-le. De loin comme de près, il est tout vôtre.
Je ne l’ai pas appelé. J’ai voulu savourer la solitude, avant l’heure où peut-être, j’en souffrirai à crier grâce…
Mais je n’en suis pas là ! Je jouis de ma liberté avec la même fougue, avec la même ivresse qui, jadis, me lançaient, en vagabonde, à travers les sentiers de la forêt dont les grands sapins abritent la maison de mon enfance.
Oh ! cette maison où je vais retourner pour l’automne, combien de parcelles de mon âme y sont tombées… Parcelles livrées au souffle des jours par la petite fille ardemment insouciante et joyeuse ; par la sauvage adolescente qui, en silence se créait des fêtes merveilleuses ; par la jeune fille que l’avenir attirait, les yeux éblouis, vers un mirage de bonheur… Parcelles qui imprègnent ma maison d’un parfum si doux et si poignant, que je le respire, recueillie, les paupières fermées au présent, le cœur gonflé de sanglots, comme on respire un parfum sacré dans un sanctuaire.
Amoureuse, j’y ai vécu des heures enchantées… Puis, épouse déçue, des jours et des nuits dont le souvenir fait frissonner la sage créature que je suis maintenant.