Mais à ma grande surprise, il ne me répond pas tout de suite.
Puis, devant la question que répètent mes yeux levés vers les siens, il réplique d’un accent un peu singulier, où il y a de l’impatience et une sorte de rudesse tendre :
— Vous avez raison, je m’ennuie… de mon amie que je ne vois pas ce soir !
Taquine, je riposte platement :
— Êtes-vous donc devenu aveugle ?
— Ah ! madame, dites plutôt trop clairvoyant !… Je ne me doutais pas à quel degré je peux être égoïste ! C’est vous qui me l’apprenez, à ma confusion très grande…
— Alors pour votre « punissement », comme dit petite Hélène, confessez comment vous péchez par égoïsme !
Je m’en doute bien. Mais une bizarre crise de coquetterie vient de s’abattre sur moi, y jetant l’absurde désir de l’entendre articuler… ce que je devine ; de le voir un peu, pour un instant, grisé par moi, l’ex-« petite Nuit d’amour », lui, si maître de sa volonté.
Je suis debout sous la lumière blonde que verse l’ampoule enfouie dans une fleur couleur d’or ; le reflet ruisselle sur la chair de mon visage, sur mes épaules nues sous le frôlement de la dentelle.
Et ma sagesse effarée constate l’apparition soudaine d’une frivole Viva, satisfaite de la certitude que ce reflet dore harmonieusement sa pâleur ; que la lumière tombée d’en haut est toujours seyante au regard ; que le parfum qui l’imprègne embaume autant qu’une brassée de fleurs fraîches.