Cette Viva que j’observe, stupéfaite, ma personnalité dédoublée, répète, mordillant un pétale nacré arraché aux roses de son corsage :
— Confessez-vous, monsieur mon ami. En quoi êtes-vous un égoïste ?
Un nouveau silence. Puis brusquement il jette :
— Vous voulez le savoir ?… Soit !… Eh bien ! je ne puis supporter de vous voir les griser tous…
D’un geste vif, il indique le groupe de mes hôtes, les masculins, j’imagine.
— … de les griser tous, de votre séduction dont vous usez trop bien !… Je vous en veux de votre gaieté, de votre éclat, qui vous font autre, un cruel petit feu follet, trop attirant, à qui il n’importe guère de mener les imprudents à leur perte.
J’ai un geste d’épaules. Mais je ne saurais dire si je suis amusée, contente ou agacée de cette sortie imprévue. Et je le regarde mi-fâchée, mi-malicieuse :
— Ah ! çà… où prenez-vous le droit de me faire ces mauvais compliments ? Soyez sans inquiétudes, monsieur l’austère censeur, il n’y a pas d’imprudents ici. Quant à ma gaîté, ah ! ne vous en irritez pas… C’est un éclair !… Et pour ce que durent les éclairs !
Nos yeux se rencontrent. Une seconde, nous nous taisons. A-t-il senti la goutte d’amertume tombée dans mon badinage ?
Il reprend, le ton changé, cette sorte de chaude douceur dans le regard qui pénètre mon cœur glacé :