— Mais c’est que je suis, en effet, ravie de partir. Le Paris poussiéreux et brûlant m’est odieux. La chaleur m’épuise. Ce sera si bon de boire de l’air frais, perchée sur un sommet, devant un horizon de neiges et de glaciers !… Oh ! oui… je suis ravie de partir !… Voyager est un des rares plaisirs que je goûte encore ! Et un fervent voyageur comme vous ne peut en être étonné !

— Non, je ne m’en étonne pas !… Mais il est désagréable à mon amitié de penser que vous allez être ainsi toute seule… pour courir les routes…

Je me raidis devant la douceur oubliée, de voir un être avoir, si vraiment, souci de moi… Et je lance, un peu moqueuse :

— Tranquillisez-vous, ô mon craintif ami, je ne courrai pas les routes. Je pratiquerai les chemins de fer, les autos, les voitures… enfin tous les modes de locomotion qui me seront utiles… Et je ne serai pas seule !… J’emmène ma femme de chambre.

Mais il ne sourit pas de ma boutade et pose sur moi des yeux impatients et presque graves.

— Pourquoi êtes-vous si méchante, ce soir ?

— Je ne suis pas méchante… Mais… je n’aime pas qu’on ait l’air de me plaindre !… quand il n’y a pas lieu de le faire. Et puis, que votre sollicitude se rassure ! A Saint-Moritz, les Abriès vont venir me rejoindre ; et Marinette présente, ce ne sera pas la solitude autour de nous !… Pas assez, même à mon gré !… Ensuite, en septembre, j’irai m’installer chez père, dans la forêt de Rambouillet, où il a sa chasse. Et là, je resterai tard, très tard, le plus tard possible !

— C’est-à-dire ?…

— Jusqu’à la Toussaint, pour le moins.

— Alors… quand vous reviendrez vivre ici, je serai loin… bien loin !