Sans répondre, je continue à froisser des pétales de rose dont la senteur imprègne mes doigts. Mais la Viva qui s’amusait, disparaît aussi soudainement qu’elle avait surgi. Un étrange petit frisson m’a crispé le cœur. Parce que Jacques de Meillane a rappelé son départ ?… Mais je le savais bien qu’il ne pouvait m’être qu’un fugitif ami !
Bien souvent, je suis fantasque avec lui. Cependant, que vite je m’étais donc habituée à l’atmosphère vivifiante dont il m’a peu à peu enveloppée.
Et voici que je ne suis plus ni moqueuse, ni taquine, ni coquette… Bien sincère, je pense tout haut :
— Il est heureux que l’été vienne nous faire perdre la dangereuse habitude de nous voir trop souvent !
Il dresse la tête :
— Heureux ?
— Oui… car ma nature « lierre » m’attacherait de plus en plus à notre amitié. Et j’ai appris à redouter les arrachements brusques, pour mes racines qui, elles, sont des espèces de sensitives. Aussi, cet été, je compte bien les traiter par l’arrachement progressif…
— Alors quand nous nous reverrons…
J’interromps :
— Nous reverrons-nous ?… Vous partez pour le Dauphiné. Votre vie de famille va vous reprendre… Vous allez retrouver là-bas vos « idées de clocher »… Et vous ne serez pas long à vous étonner de tant d’attention donnée, un instant, à une étrangère rencontrée au passage, et qui continue sa vie sur une voie toute différente de la vôtre…