Il reste silencieux. Est-ce parce que, sur son violon, Sylvaire vient de commencer une mélopée sauvage et plaintive, si désespérément triste que j’ai l’impression d’un flot de douleur qui monte vers moi.
J’écoute immobile, près de Meillane dont la haute taille me domine. Et, tout à coup, j’entends sa voix dire très bas, de son accent de sincérité forte :
— La voie où vous marchez, je ne pourrai plus m’empêcher de vous y chercher, de loin comme de près.
Il s’arrête une seconde… Je n’ai pas bougé. Mais mon cœur bat à larges coups, et tout mon être attentif attend qu’il poursuive :
— Oui, peut-être, quand l’été aura passé, je ne serai plus en effet, qu’un étranger pour vous. Mais jamais, moi, je ne pourrai voir en vous une étrangère, — même si je ne retrouve plus l’amie qui m’a été donnée un moment…
Peut-être, il dit vrai… Et pourtant, alors que le violon sanglote sa plainte, je murmure, sceptique, de par mes désillusions sans nombre :
— Que pouvez-vous savoir ?… Le temps détruit tout… A quoi bon, d’ailleurs, regarder en avant ?
Puis, tous deux nous demeurons silencieux.
Jusqu’à la fin de la soirée, je crois vraiment que je l’ai fui… Pourquoi ?
9 juillet.