— Oui, demain soir. C’est pourquoi je vous ai prié de me faire votre dernière visite cet après-midi ; demain, mon pauvre salon va être dévasté comme tout le reste de l’appartement, et puisque vous l’avez aimé, je ne veux pas que vous en emportiez une vilaine image. Il n’y a que ma chambre qui garde jusqu’au bout une mine confortable. Uniquement, quand je suis partie, les « profanateurs » y touchent… Mais il n’aurait pas été correct de vous y recevoir ! En dépit des apparences, j’ai encore un tantinet, le respect des convenances.
Je plaisante… Pourtant je n’en ai aucune envie… Mon cœur est lourd comme ce ciel d’orage où s’immobilisent de pesants nuages, gros d’éclairs et d’éclats de foudre.
Il n’a pas relevé mes dernières paroles. Son regard, dont la flamme me réchauffait, erre autour de lui.
— C’est vrai, j’ai beaucoup aimé cette pièce que vous avez faite si bien vôtre ! C’est là que, de loin, je vous retrouverai le mieux. Dites-moi… si je ne suis pas trop indiscret… est-ce ici que vous écrivez, pour vous-même ?…
— Non, dans ma chambre. Tenez…
Je me lève et, sans réfléchir, je me rapproche de la portière relevée.
— … tenez, d’ici, vous apercevez le coin qui est mon « cabinet d’écriture ».
Il s’est rapproché. Je vois son regard tomber sur ma petite table chargée de livres où, devant le buvard fermé, flambent les ciselures d’or de l’encrier. Mais aussi, près de la table il aperçoit ma chaise longue, l’écharpe que j’ai laissé tomber avant de sortir ; les coussins qui gardent l’empreinte creusée par mon coude…
Une seconde, ses yeux embrassent, je le sens, toute la pièce. Puis il fait un pas en arrière. Moi aussi. Pourquoi ai-je ce mouvement instinctif ? A d’autres hommes pourtant, j’ai laissé visiter ma chambre pour son aspect de pièce d’autrefois, pour les bibelots précieux que j’y ai, peu à peu, réunis avec des joies de collectionneur.
Me devine-t-il une fois de plus ? Très simplement, il me dit :