— Pour vous… peut-être…, mais, pour moi, non !
Il s’arrête… Quelque chose dans son accent m’a donné la sensation d’une vague qui, dressée haletante, se brise devant quelque mystérieuse digue.
— Je vous ai prévenu, dès le début, qu’il ne fallait pas tenir à moi !
— Oui, vous m’avez prévenu. Seulement il n’est pas de parole qui puisse m’empêcher de voir désormais en vous une amie… impossible à oublier !
Je durcis ma volonté pour dompter l’obscur frémissement de certaines fibres de mon cœur. Moi non plus, je ne l’oublierai pas !
Ah ! je l’avais bien prévue, ma folie de m’enliser dans la duperie d’une amitié qui doit être sans lendemain…
Heureusement, je pars !… Je vais me ressaisir. Je réapprendrai à vivre dans la glaciale solitude où mon cœur s’est engourdi, sous le froid qui le rend insensible… grâce au ciel !…
Et j’entends ma voix articuler, presque dure :
— Vous ferez comme moi !… Vous vous détacherez d’une amitié qui ne pouvait être que fugitive. Vous vous laisserez reprendre par une vie dont je serai absente… Parce que c’est la sagesse !
— Sincèrement… vous entendez, sincèrement, vous pensez que les choses vont se passer ainsi ?