Il est debout devant moi. Je vois ses yeux étinceler d’une sorte de colère. Plus que jamais, il a son grand air audacieux d’homme capable de briser n’importe quel obstacle.

Et je répète : — avec quelle conviction !

— Je pense sincèrement qu’elles doivent se passer ainsi…

— Votre ami n’était donc pour vous qu’un passant, bon tout au plus à vous distraire un moment ?… aussi facilement rejeté qu’un chiffon de votre toilette devenu inutile ! Ah ! ce que je vous ai offert… et donné ! méritait plus que le cas que vous en faites !

Je tressaille… atteinte par le reproche dont il ignore l’injustice, bouleversée par la violence passionnée de l’accent que jamais encore je ne lui avais entendu. Et la vérité me jette aux lèvres les mots que je ne voulais pas prononcer :

— Mais que savez-vous donc du prix que je donne à votre amitié ?…

— Rien… C’est vrai… Je n’en sais rien…

— Alors…

Ma voix n’est plus dure mais assourdie par les sanglots qui se brisent dans ma gorge :

— Alors… puisque nous nous séparons, je vais vous le dire… Ainsi, j’espère, vous vous souviendrez de moi sans colère, et vous ne me jugerez pas une coquette… ou pire encore, une ingrate ! De toute mon âme, à qui votre amitié, si souvent, a été bienfaisante, je vous remercie des heures très douces que je vous ai dues — des heures de musique, des heures de causerie… Je vous remercie surtout de m’avoir épargné… ce dont tant d’autres hommes m’ont abreuvée… Vous me comprenez, n’est-ce pas ?… Je vous remercie d’avoir vraiment été l’ami que, jamais, je n’aurais espéré rencontrer…