— Ne faites pas attention. Les départs me rendent toujours d’une nervosité stupide… et sans importance !

Délicatement, il caresse mes mains, ainsi que l’on fait aux enfants… Pourtant, il ne peut savoir que près de lui, en ce moment, c’est vrai, je ne suis qu’une pauvre enfant envahie par l’aveugle désir de reposer ma faiblesse contre sa force… D’écouter, la tête appuyée sur son épaule, sans penser, sans répondre, bercée par leur fraternelle caresse, les mots très doux qui engourdiraient ma peine.

Et l’âme lourde des larmes que je ne verse plus, les yeux voilés par les paupières protectrices, je l’écoute me dire :

— Amie, petite amie très chère, je ne puis rien pour vous ?

— Non… Rien… Personne ne peut rien. Ne parlons plus de moi, je vous en prie… je vous en supplie !… Dites-moi adieu…

— Non, pas adieu, au revoir…

Ah ! quelle volonté je lui sens de me retrouver !…

Et cette volonté, elle agit sur moi ainsi qu’un viatique ! Sans réfléchir, je cherche les prunelles où je pourrais découvrir tant de choses qu’il ne prononce pas… Tout haut il continue seulement :

— Si vous ne me le défendez pas… et encore, pour être loyal, je dois avouer que je ne serais pas sûr de vous obéir, j’irai retrouver quelques jours votre beau-frère Paul à Saint-Moritz. Il m’y a engagé… Ou plutôt…

Un sourire lui donne soudain un air d’extrême jeunesse.