— Je me suis arrangé pour qu’il m’y engage !
Un frémissement m’ébranle toute, si violent que j’ai peur et m’écrie :
— Ce n’est pas sage ! Ce n’est pas sage !… Plus je m’habituerai à être « gâtée » par votre amitié, plus ensuite je sentirai de tristesse quand j’en serai privée…
— Mais jamais vous n’en serez privée… que par votre volonté… qui, d’ailleurs, serait impuissante à me détacher ! Je crois bien que, malgré vous, je resterai votre ami…
Quelle conviction dans sa voix ! Il parle d’amitié… Ah ! est-ce encore de l’amitié !… Et pour combien de temps !…
Mais ce soir, je suis trop lasse pour réfléchir. Je n’éprouve plus que l’envie lâche de trouver près de lui un refuge… Et je ne résiste plus quand il me dit avec son chaud sourire :
— Alors c’est convenu, n’est-ce pas, j’irai vous faire une petite visite à Saint-Moritz ?… Ne dites pas non, je vous en supplie. Tout ce que je peux vous promettre, c’est d’attendre la date que vous m’indiquerez pour arriver… Mais en tout honneur, je vous préviens que je ne me sens pas beaucoup de patience pour attendre…
Si je suis sage, je n’écrirai pas…
Coire, 15 juillet.
Tout d’une traite, j’ai filé jusqu’à Coire, où je vais coucher, afin de faire, en plein jour, la sauvage montée de l’Albula.