Le crépuscule est tout rose. De ma chambre qui donne sur la grande place, je vois des cimes d’arbres ondulant sous un ciel nacré, où déjà brille une étoile ; j’aperçois des perspectives de petites vieilles rues, aux maisons basses, des passants qui circulent sans hâte, le visage calme. De rares voitures avancent, paisibles parmi les groupes que rassemble la belle fin de jour, lumineuse et chaude. Une brume, diaprée par le couchant, voile un peu les lointains du cirque de montagnes, à l’ombre desquelles s’épanouit la ville souriante. Tantôt, je me suis amusée à suivre au hasard le dédale des rues inconnues qui serpentent, étroites et proprettes, escaladent les belles pentes boisées, ou descendent vers la Plessur écumeuse avec une allure de petit torrent sur un lit de pierres luisantes.

J’adore m’en aller ainsi, au gré de mon caprice, dans une ville étrangère que je découvre avec des ravissements et des désillusions d’« explorateur »… Je m’y sens bien moins seule que dans mon Paris où, parmi tant d’êtres que je connais, je ne suis qu’une épave errante dont nul n’a souci.

En voyage, oh ! délice, j’oublie… Je ne suis plus qu’une insatiable curieuse, jamais lasse, que rien n’effraie ; un cerveau qui jouit ; des yeux avides de contempler… La solitude ne m’est plus un fruit amer, elle me devient un trésor, car elle me permet de vagabonder à ma guise, de m’arrêter, de partir, de rêvasser ainsi qu’il me plaît…

Et cette impression de pleine indépendance jette en moi une griserie dont je goûte la saveur d’autant plus que j’ai le souvenir d’odieux voyages, en compagnie de mon casanier mari qui ne concevait que Paris ; voyages où chaque occasion amenait le heurt de nos goûts, des natures trop différentes que l’amour ne fondait plus…

Ah ! que c’est exquis de voyager à sa guise !

Aussi, déjà le charme opère… Et je m’y abandonne toute, corps, âme, pensée ; consciente qu’il est excellent pour moi d’être loin de Paris, distraite de tout ce qui n’est pas l’imprévu du voyage.

Ainsi, je vais retrouver un bienfaisant je m’en fichisme, le seul état d’âme qui puisse désormais me convenir.

Tout à l’heure, avant de rentrer à l’hôtel, je me suis arrêtée un instant à mi-côte du sentier de chèvre que je redescendais. Et j’ai regardé la féerie du couchant se voiler derrière les crêtes, nimbées de flamme. Sous l’éblouissante lueur la ville était toute rose, alors que déjà les bois bleuissaient, saisis par le crépuscule. A peine, une rumeur lointaine montait des rues claires, allongées devant la montagne : aboi d’un chien, bruit vague de quelque voix ; roulement sourd des roues sur le pavé. Nul passant.

Mais près de moi, hélas ! arrêtés sur un banc voisin, des touristes ; une famille allemande qui m’observait, plutôt curieuse, surtout la fillette, — quatorze à quinze ans, — dont la lourde silhouette se couronnait d’un délicieux visage de petite vierge grave.

J’entendais les rudes sonorités de leur langue.