Mais une voix dit, derrière moi :
— Oui, vous avez raison, c’est beau, bien beau !
Oh ! cette voix !… Je me retourne, d’un sursaut éperdu.
Et je vois le promeneur debout, qui me salue avec un sourire, un regard, un accent où resplendit une allégresse triomphante. Je ne rêve pas ! Meillane est là, devant moi. Pourtant, je répète, avec l’impression que je dois me tromper :
— Vous ! Vous !… C’est vous ? Ici ?
Et sa voix joyeuse explique :
— Je suis arrivé à Samaden, il y a quelques heures seulement… Pour différentes raisons… qui me paraissaient très sages, j’y ai cherché un gîte. J’ai fait tout à l’heure mon installation, et en attendant un train pour Saint-Moritz, je suis monté ici, attiré par la mine engageante de ce bois de mélèzes.
— Comme moi…
Ses mains se sont tendues vers les miennes que je lui livre d’un élan dont je ne suis pas trop fière à cette heure !
Il les porte à ses lèvres lentement et les y garde sous un baiser long… si long !… comme le dernier jour, à Paris… Moi, je ne pense pas à les lui retirer… Une joie chante follement en tout mon être… Une joie née de la présence imprévue de mon ami, dans cette solitude vibrante de beauté… Née aussi de l’ivresse que je vois dans les yeux qui me regardent…