Et doucement, il me demande :
— Dites-moi, cela vous fait un peu plaisir que nous nous retrouvions ?
Ici, nous sommes si loin du monde que, pas une seconde, je n’ai l’idée de déguiser correctement la vérité !
— Oui, cela me semble bon, très bon !
Je parle presque bas, sans songer à lui enlever mes mains, toujours prisonnières. Peut-être, il ne s’aperçoit même plus qu’il les tient, tant il me contemple. Ah ! il ne voit plus le divin paysage ! Pour lui cacher tout l’horizon, il y a une frêle créature, dont, littéralement, il boit le regard… Et, en cette minute, je ne veux pas penser… chercher pourquoi il me contemple ainsi… Je ne sais ce que l’avenir prépare. Mais rien ne me fera oublier ni regretter la douceur de ces premiers instants… Et, en mon âme, je murmure ce que lui dit tout haut :
— Jamais je n’aurais osé espérer vous revoir ainsi, mon amie…
De quel accent il a prononcé les mots très simples « mon amie ». Ce quelque chose dans sa voix me fait tressaillir et jette en moi l’impression qu’un flot m’a saisie et m’emporte… Vers quelle rive ?
Alors, d’instinct, j’essaie de lui échapper, et j’interroge, en hâte, au hasard, pour reprendre terre :
— Qu’est-ce que vous avez fait depuis mon départ ?
— J’ai attendu le moment où je vous reverrais ! Sans vous, Paris me paraissait un désert. J’ai filé en Dauphiné. Mais là aussi, il m’a fallu un grand effort pour laisser fuir le temps et ne pas prendre, tout de suite, le chemin de l’Engadine… où mon amie ne m’appelait pas pourtant… Ce pourquoi, j’avais très peur d’être mal reçu.