— Mais je ne vous ai pas mal reçu.
Il ne répond pas aussitôt. De nouveau, il me regarde avec la même joie fervente.
— Non ! oh non ! Vous ne m’avez pas mal reçu !… Si vieux que je vive, je me souviendrai de vos yeux en cette première minute du revoir.
Nous sommes insensés de nous dire ces choses. Il risque peut-être tout son avenir. Et il est jeune… Si jeune !…
Moi je n’ai pas d’avenir… Alors ?… Ah ! oui, nous sommes insensés !
Il m’aurait rencontrée dans un salon d’hôtel, comme un monsieur en visite, que sûrement — à peu près sûrement, — nous n’aurions rien articulé de semblable… Mais si haut dans la montagne, hors du monde !…
Je me suis assise sur un arbre renversé ; la dentelle fine des mélèzes palpite au-dessus de nos têtes. Entre les branches, dans la pleine lumière, luit la neige qui nous envoie son souffle vierge, parfumé par la sauvage odeur de la terre, ivre de soleil.
Tout haut, je songe, essayant de me ressaisir :
— Marinette, les enfants et Paul arrivent dans deux jours.
— Déjà ! Oh ! déjà !