Hier, Marinette m’a dit :

— Comme l’Engadine te réussit, Viva !… tu es jolie… jolie !

Et Paul a appuyé, la tête dressée hors de son journal :

— Ça c’est vrai… Vous avez des yeux et une bouche à ensorceler un saint !

J’ai ri, haussant les épaules.

— Oh ! si mon charme opère seulement sur les saints, je suis à peu près sûre de ne pas faire beaucoup de ravages à Saint-Moritz…

— Non, non… pas « seulement » sur les saints, m’est avis… Gare aux pauvres hommes !

— Paul, mon grand, vous êtes stupide !

Dieu ! Quelle hypocrisie dans cette exclamation ! Depuis des années, aucun compliment ne m’avait fait pareillement tressaillir de plaisir…

Pour mon ami s’est réveillée ma coquetterie d’antan. Pour lui, je désire que ma forme fragile, que mon visage, que mes robes même soient séduisantes… Je crois vraiment — à ma confusion grande, je le constate !… — que je m’en préoccupe autant que Marinette elle-même. Et c’est bien moi, la dédaigneuse, qui en suis là ?…