Pour lui, encore, j’ai oublié ma répugnance à faire de la musique dans ce milieu d’étrangers ; et tantôt, au cœur de l’après-midi, quand tous à peu près étaient en promenade, j’ai chanté ; chanté tout ce qu’il m’a demandé. J’ai été récompensée, d’ailleurs ; nous avons passé une heure exquise. Ce après quoi revenus dans la prose, nous avons fait le goûter le plus gai du monde, avec un entrain d’écoliers qui ont bien rempli leur tâche.
8 août.
Encore un jour fini.
Je ne cherche pas à savoir ce qu’il pense de « nous » et il ne m’interroge pas. Même, j’arrive à oublier sa clairvoyance, à l’abri du voile dont un reste d’instinctive raison garde enveloppée la Viva nouvelle, apparue en moi.
Si maître de lui-même, il semble avancer dans le chemin dangereux où nous sommes engagés, que je le suis, ne songeant plus, — presque plus ! — au vertige possible !
9 août.
Je refuse toute invitation et laisse Marinette exercer sa séduction « ravageante » à travers les excursions, pique-niques, thés, parties de tennis, de golf…
Elle est si habituée à ma sauvagerie, qu’elle ne s’étonne pas du soin que j’apporte à me dérober aux trop nombreuses « connaissances » retrouvées ici.
Tout au plus, quand elle en a le loisir, quand ses flirts, ou le regret de Mme Valprince ne l’absorbent pas, elle me taquine sur les promenades que je fais ouvertement avec Meillane, qui, en qualité d’ami de Paul, ne nous quitte guère. A peu près chaque soir, nous dînons ensemble, ou nous nous retrouvons dans l’un ou l’autre de nos hôtels respectifs.
Lundi, Paul, mis en fuite par un « thé » en société qui ne l’amusait pas, a demandé à nous accompagner.