— J’irai les retrouver… Ce sera pour moi la meilleure société…
La meilleure, oui, sûrement… Il me sera bon d’entendre leur rire, leurs propos menus, de sentir leurs lèvres caressantes…
Mais… mais… c’est une autre présence qu’appelle mon cœur bouleversé qui ne sait plus où se prendre et cependant, orgueilleux, n’accepterait pas une parole de pitié ; même de lui, surtout de lui…
Je voudrais le réconfort de sa chaude amitié.
Mais il lui faudrait, en silence, laisser passer la tourmente qu’il doit ignorer. Aujourd’hui, j’ai la sensibilité à vif ; et même le frôlement d’une sympathie exprimée serait douloureux sur ma plaie.
Sait-il déjà ce que le premier venu peut savoir ?… A-t-il appris, lui aussi, par quelque journal ?… ou Paul lui a-t-il dit ?…
Je viens de regarder les feuilles françaises de ce matin. Presque toutes reproduisent l’entrefilet venu d’Amérique ; certaines y ajoutent des réflexions qui enveniment ce petit scandale mondain.
Les éclaboussures en jaillissent autour de moi mais non jusqu’à moi qui, durement, ai attaché mon masque impénétrable à toutes les curiosités.
8 heures.
Comme je rentrais, avant le dîner, avec les petits, j’ai croisé Meillane. J’avais mes deux mains prises par Guy et Hélène ; Agnès était sur mes talons. Nous avons échangé un simple « bonjour », tout à fait quelconque. Mais la certitude est tout de suite entrée en moi : « Il sait. » Son regard n’avait pas, rencontrant le mien, l’expression coutumière… Avec l’acuité de mes nerfs surexcités, j’y ai discerné une attention anxieuse, grave et compatissante.