Mais comme je demeurais impassible, le visage fermé, figée dans la crainte d’un mot qui me ferait mal, il m’a dit simplement, comme si rien ne fût arrivé :

— Je suis allé pour vous demander une tasse de thé, tantôt, à l’heure du goûter. Mais vous étiez partie !

— J’avais été rejoindre les enfants…

— Oui… c’est ce que je vois… Et ils vous ont accaparée ! Ce sont de petits gourmands… Je voudrais bien avoir été à leur place.

Il caresse la joue ronde d’Hélène qui lui rit du fond de sa capote fleurie. Guy tient ma robe avec un air de ne pas permettre que je m’échappe pour marcher près du nouveau venu.

Et pour la première fois depuis le matin, mon âme douloureuse se détend un peu. Ces trois êtres me donnent de la tendresse, chacun à sa mesure…

Mais Paul nous rejoint. Et je rentre, les laissant tous.

11 août.

Nouvelle dépêche. La cause du duel ? Une discussion d’ordre artistique, après un souper trop arrosé de champagne.

Robert remercie Paul de sa proposition d’aller le trouver. Mais il affirme que le voyage est inutile ; sa blessure est sans gravité et ne demande que du temps pour guérir. Il nous prie tous de ne pas prendre la peine de venir, car il est parfaitement soigné dans la maison de santé où il s’est fait conduire et où il est très entouré. Je suis, en particulier, invitée — en termes affectueux ! — à ne pas m’imposer l’inutile fatigue d’un tel voyage.