Sommes-nous assez désunis ! Autant, certes, que si la loi y avait passé.
Et elle y passera. Cette fois, mon orgueil s’est cabré. L’insulte publique de ce duel a cinglé ma dédaigneuse indifférence.
Quand Robert est parti, j’ai eu, je me souviens, la prescience qu’elle était finie, la comédie de notre vie conjugale, et qu’à son retour, elle ne recommencerait pas. Maintenant, ce m’est une certitude. J’ai compris aujourd’hui que je ne supporterais plus une existence près de lui, que, seul, mon incommensurable détachement m’avait fait accepter.
Si, pour obtenir notre séparation, il faut les révélations auxquelles, jusqu’ici, je me suis farouchement refusée, tant pis !… Je m’y soumets, si, à ce seul prix, je puis n’avoir plus rien de commun avec l’homme qui a fait de moi la solitaire, la désenchantée, la vivante épave que je suis aujourd’hui.
Oh ! oui, maintenant, je la veux, la séparation !… Et non pas seulement pour la volupté d’être libre, pour échapper à l’équivoque frôlement de nos deux existences… Mais pour ma dignité de femme. Trop longtemps, j’ai eu, devant le monde, un misérable personnage d’épouse complaisante ou aveugle. Bien peu, sans doute, ont deviné « d’épouse méprisante ». Ah ! comment ai-je pu m’y prêter trois années !
12 août.
Ce matin, autre dépêche rassurante, à mon adresse. Je l’ai lue comme s’il se fût agi de n’importe quel étranger. Tant mieux si son état lui paraît satisfaisant ; s’il est soigné à merveille et à son gré… Cette histoire ne me touche plus en rien.
Devant la résolution qui, impérieusement, s’est imposée comme la nécessité même, j’ai retrouvé un calme tel, que je m’étonne presque du torrent d’émotion qui m’a ébranlée toute, parce que mon ex-mari a joué sa vie pour garder une maîtresse très chère.
Je veux oublier ces dernières journées, retrouver l’ardente douceur des autres, reprendre ma vie où elle s’est arrêtée quand, par hasard, j’ai ouvert le journal qui m’a appris… Je veux… ah ! comme je veux !… sans me soucier de l’avenir, jouir des derniers jours où mon ami sera près de moi. Et depuis hier, je ne l’ai pas vu. Est-ce discrétion ?… Est-ce mon air, l’autre soir, qui l’a écarté ?… Est-ce… Quoi ?… Je ne sais…
Mais lundi, dans cinq jours, il doit partir. Et je voudrais tant recevoir, de lui, encore un peu de joie…