13 août.
Aujourd’hui encore, il a été invisible. Je l’ai rencontré comme je revenais d’une course avec Marinette. Il nous a dit avoir passé la journée à Pontresina en compagnie d’un ami anglais, arrivé depuis peu à Saint-Moritz ; et il s’est dérobé quand Marinette lui a demandé s’il viendrait à l’hôtel, ce soir.
Moi, je n’ai rien dit. Je ne devais même pas avoir l’air d’écouter ; je regardais, indifférente, le défilé des passants… Et tout bas, en mon cœur, je me demandais ce qu’il avait, les traits durcis par je ne sais quelle préoccupation, par je ne sais quoi de résolu, de presque inflexible. Avec moi, il était tellement autre, correct jusqu’à paraître cérémonieux.
Je n’ai pas semblé m’en apercevoir. Mais après quelques phrases banales, sur un bref adieu, je les ai quittés, Marinette et lui.
14 août.
Il m’évite, je n’en puis plus douter. Et les heures passent. Et il va repartir… Et je vais retrouver l’isolement… Et si nous nous séparons ainsi, ce sera bien fini notre belle amitié… Qu’a-t-il ?…
M’en veut-il de l’avoir laissé à l’écart pendant les mauvaises journées que je viens de vivre ? Il ne sait pas, c’est vrai, que toute épreuve réveille ma sauvagerie. Même enfant, je prétendais porter seule, en silence, ma peine ou mon mal, dans une farouche crainte de la pitié.
Son attitude nouvelle ressuscite l’orgueil qui m’enveloppe sous un impénétrable voile. Dans les rares instants où le hasard nous a rapprochés, depuis hier, j’ai été, je le sentais, railleuse, agressive, alors qu’en mon cœur je le suppliais de ne pas me faire mal, de redevenir ce qu’il était…
J’apprendrais qu’il est parti, sous un prétexte, sans même me dire adieu, je n’en serais pas surprise !…
15 août.