— Pourquoi ?
— Parce que c’était un commencement. Le commencement du bon rêve. Maintenant c’est la fin !
— Ne parlez pas de « fin »… Entre nous, c’est un mot qui ne peut plus exister.
Ce qu’il dit là est si vrai ! Oui, la vie va nous séparer. Mais le lien, le cher lien ne se brisera pas, tissu par ce qu’il y a vraiment de meilleur en nous.
Un des premiers soirs où nous ayons bien causé, il m’a dit, parlant de sa mère : « Même de loin, nous sommes unis. » Je la comprends maintenant cette parole qui, alors, m’avait paru un peu vaine. Même séparés, nous resterons sûrs l’un de l’autre, avec le bienfaisant orgueil d’avoir pu n’être que des amis !
Et cette certitude me pénètre d’une joie telle, que le charme du silence rompu, je me prends à causer, gaie comme jamais, certes, il ne m’a encore vue, après qu’une exclamation — combien sincère ! — m’est échappée :
— C’est délicieux, que vous m’ayez emmenée… je devrais dire enlevée, ce matin !
— Vous êtes contente de votre promenade, petite amie chère ?
— Oh ! oui, si contente !… Et vous n’imaginez pas combien il y a de temps que j’ai pu rien dire de pareil !…
D’un geste rapide, il saisit ma main, la porte à ses lèvres et la laisse retomber. Tout cela si spontané que nous en sommes stupéfaits l’un et l’autre, et nous nous mettons à rire.