— Vous allez me compromettre, monsieur mon ami !
Mais il ne se trouble pas et secoue sa tête volontaire :
— Non !… Personne ne songe à nous. Tous sont occupés d’eux-mêmes !
— Parfait, alors !
Et jusqu’à la Maloja, nous sommes gais autant que le groupe des jeunes Anglaises et des boys, dont les rires fatiguent le vieux ménage allemand et troublent les amoureux italiens.
Pourtant je n’ai plus vingt ans comme ces gamines ; et je n’ignore pas que ce jour doit demeurer unique…
Les chevaux s’arrêtent. C’est la Maloja, la Maloja sauvage ; les cimes écrasantes qui se hérissent les unes derrière les autres et enserrent l’horizon ; les bois accrochés à leurs pentes ; la route, toute blanche du soleil de midi qui s’enfonce, vers l’Italie, dans le noir défilé des sapins.
Autour de nous s’ébroue la foule des touristes, assaillis par les guides, par les portiers des quelques hôtels, qui distribuent leurs menus.
Mon Dieu, est-ce que, dans cette réalité, je vais me réveiller ?
Mon ami doit penser comme moi ; sans conviction, il me demande :