Je restais serrée contre lui comme un bébé qui a peur, raidissant ma volonté pour ne pas supplier encore :
— Restez… Oh ! restez…
Heureusement, j’ai pu ne rien dire… C’eût été mal de le retenir, sachant que sa mère le désire près d’elle, — lui, un passant, en France, — au jour d’anniversaire qui réunit tous ses enfants. Un obscur remords fût né entre nous ; chez moi, de mon égoïsme ; chez lui, de sa faiblesse…
Il est parti. J’essaie d’être brave en me répétant — à satiété ! — que dans quinze jours, nous nous retrouverons. Je vais quitter Saint-Moritz à la fin de la semaine prochaine. Je repasserai par Paris — où il sera — avant d’aller m’installer chez père pour septembre et octobre. Là, je suis si libre, que j’arriverai bien à profiter de son dernier mois en France.
Je me dis tout cela… Et parce que je ne sens plus son amour m’envelopper étroitement, mon âme est glacée… Un être dépouillé du vêtement qui lui tenait chaud !
19 août.
Marinette ne s’est doutée de rien. Tous les grelots qui tintent joyeusement dans sa jeune vie font, autour d’elle, trop de bruit pour ne pas la distraire. Et puis, à mon égard, elle n’est plus guère, ma petite enfant d’autrefois, qu’une fugitive visiteuse qui s’arrête avec des mots affectueux — souvent bien quelconques — quand elle sent le besoin de retrouver ma tendresse… O mon petit papillon chéri, vous ne soupçonnez donc jamais tout le bien que vous pourriez faire au cœur de votre « grande » ?
Ce matin, elle est entrée dans ma chambre avec une dépêche décachetée, m’a chaudement embrassée, s’est prise à fourrager parmi mes bibelots, sur la table à écrire. Puis son délicieux visage très rose, elle m’a confié, et ses yeux m’observaient, un peu chercheurs :
— Je viens de recevoir des nouvelles de Bob. Il a dicté une lettre à sa garde, me dit-il. Nous allons l’avoir. Son bras se remet. Il est bien soigné.
— Par la Danaïde…