— Il ne le dit pas… Mais je pense qu’elle vient le voir… c’est bien le moins ! Tu ne trouves pas ?… Puisque c’est par sa faute qu’il a été blessé…

— Évidemment, elle lui doit bien cela !

Ma voix est paisible. Pourtant un choc m’avait atteinte quand Marinette avait prononcé le nom de Robert. Brutalement, je retrouvais la chaîne, un moment oubliée. C’est pourtant vrai qu’aux yeux du monde, j’ai un mari… Et je me considérais comme une fiancée ! Un peu d’ironie avait dû se glisser dans mon accent, car Marinette qui joue avec des bagues, coule vers moi un coup d’œil semi-inquiet.

— Tu lui en veux beaucoup, à ce pauvre Robert ?

— Non, je ne lui en veux pas du tout !

Elle ne peut savoir à quel point je dis vrai ! Lui en vouloir, parce qu’il m’a donné le courage de recouvrer mon indépendance ? Oh ! non, je ne lui en veux pas !

Un instant de silence. Mes yeux suivent les frissons de l’eau verte, sous ma fenêtre.

Marinette s’est levée et, devant la glace, tourmente les cheveux fous qui moussent autour de son front. Puis elle revient vers moi, petit tourbillon parfumé, et me jette ses bras autour du cou. Les lèvres fraîches caressent mon visage de baisers légers.

— Tu es un amour, Viva. Ah ! si tu voulais, comme tu empêcherais bien Bob d’aller attraper des coups de pistolet… bêtement ! pour défendre ou garder une Danaïde !

Encore une minute de silence. Par delà le lac étincelant, mes yeux, ceux de l’âme, aperçoivent les cimes de la Maloja…