Un coup à ma porte m’a arrachée au cauchemar.
La voix de Céline a annoncé :
— M. de Meillane.
— C’est bien. J’y vais.
J’avais dit : « J’y vais. » Et je ne bougeais pas, cependant, effrayée de le voir, lui, mon bien-aimé, à qui je ne veux dire rien.
Mon orgueil et mon amour se refusent à lui avouer ma déchéance. En ce moment, je ne supporterais pas de l’en voir instruit. Mes dernières semaines de bonheur avec lui, je les veux ! Après, quand il sera parti, je subirai toutes les horreurs que l’on m’imposera… Mais il ne faut pas qu’il sache !
Je me suis levée, toute ma volonté tendue pour me dominer. J’ai lissé mes cheveux, mis un peu de poudre sur ma figure décomposée.
Et je suis entrée dans le petit salon où nous avons passé des heures si douces…
— Viva chérie, je vous dérange, j’arrive trop tôt ! Mais je me suis trouvé libre de meilleure heure que je ne pensais ; et j’avais tellement besoin de vous voir que…
Il s’est interrompu. Tous mes efforts étaient vains pour lui cacher l’altération de mon visage, pour sourire, pour lui apporter un regard où il trouverait seulement mon amour…