Il a jeté une sourde exclamation et m’a attirée, mes deux mains enveloppées dans les siennes :

— Viva, qu’y a-t-il ?… Que vous est-il arrivé ?

Oh ! la tendresse de cette voix inquiète après l’agonie de la solitude !

Toute mon énergie s’est soudain brisée. Et, sans réfléchir, d’un élan de petite fille, je me suis jetée sur sa poitrine et prise à sangloter avec tout le désespoir qui, depuis une heure, s’amassait en moi.

Lui, presque impératif d’abord, répétait :

— Viva, mon amour, qu’avez-vous ?… dites-moi !… je vous en supplie…

Puis, sans doute, il a senti que ce qu’il me fallait dans cette tempête de douleur, ce n’était pas des questions, mais de la tendresse… Sans un mot, il m’a emmenée vers le canapé, me gardant contre lui, la tête sur son épaule. Et dans la détente de mes nerfs, je suis restée ainsi, secouée de sanglots, contre le cœur qui m’aimait, souffrait de ma souffrance, plus encore que moi-même ; serrée contre lui, comme si ses bras eussent été le seul refuge que je pouvais rencontrer ! Sur mes cheveux, je sentais le frôlement de sa main apaisante, et sur mon visage la caresse très douce de son regard, de ses lèvres. J’entendais sa voix me murmurer les mots que personne ne m’a dits depuis des années…

J’étais si épuisée qu’une seconde, la tentation m’a effleurée de lui livrer mon secret. C’est qu’il m’apparaissait si lourd à porter, ce secret d’inquiétude ! Mais alors, c’en était fait de la joie de nos derniers jours ! Et je me suis tue, puisque son amour ne peut rien… rien, pour moi…

J’ai murmuré seulement, les paupières closes, pour être sûre qu’il n’y lirait pas :

— Jacques, j’ai reçu tantôt une très pénible révélation que je dois être seule à connaître… en ce moment…