— Viva chérie, voulez-vous que j’envoie un télégramme pour me décommander au dîner qui me privait d’être avec vous ce soir. Et je vous emmènerai… comme hier. Tant pis pour les affaires ! Qu’est-ce auprès de vous ? petite aimée.

Mais je n’ai pas consenti, autant pour lui que pour moi qui étais à bout de force. Seulement, j’ai accepté qu’il reste jusqu’à la dernière minute. Il a dû arriver tellement en retard que j’ai été saisie de confusion quand j’ai vu l’heure, lui parti enfin ! — parce que, dans un éclair de sagesse, je l’avais renvoyé…

Mais comme nous avions doucement causé ! Il faisait des projets d’avenir que j’écoutais, bercée par ces promesses de bonheur auxquelles je ne croyais plus. Et pourtant, sa chaude confiance engourdissait un peu ma détresse. Par instant, je me rappelais, comme un cauchemar dont j’étais réveillée, ma visite chez le docteur… Je me disais que je m’étais affolée à tort ; que, plus calme, j’allais le comprendre…

Nous avons combiné — comme deux amants… que nous ne sommes pas… que nous ne serons pas ! — des moyens pour nous voir, pendant ces quelques semaines que j’ai gardées « au péril de ma santé », dirait le docteur, pour les lui donner.

Car demain, je pars à l’Hersandrie, chez père, où il sera sûrement invité pour la chasse, mais ne pourra me faire que des visites bien trop officielles, à notre gré. Alors, je reviendrai à Paris, puisque heureusement Le Perray n’en est pas loin… Et aussi, nous aurons la forêt pour nous retrouver, bien seuls, quand il n’ira pas jusqu’à l’Hersandrie, afin d’éviter les commentaires…

Mon aimé, comment, sans vous, vais-je supporter l’existence, avec la pensée qui me dévore, de l’avenir menaçant… Oh ! que j’ai peur de la nuit qui vient ! A combien de choses cruelles je vais songer !

5 septembre.

Père m’attendait à la descente du train. Quand j’ai sauté du wagon, les deux mains dans les siennes qu’il me tendait, il s’est exclamé :

— Viva, ma chérie, c’est de Suisse que tu rapportes cette pauvre mine ?…

J’ai vite prétexté, comme s’il pouvait deviner la vérité :