— C’est que j’ai mal dormi cette nuit… Aussi, je ne suis pas remise de mon autre nuit, en chemin de fer, pour revenir de Suisse… Et puis, hier, à Paris, ma journée a été très occupée.

Père n’insiste pas. Mais ses yeux vifs scrutent encore une fois mon visage qui garde, malgré mes soins, l’empreinte de la rude secousse d’hier. Et dans son regard, il y a la tendresse qu’à son enfant seule, il donne ainsi.

— Bon, bon, madame. Tout cela est très juste. Mais maintenant, il faut vous reposer à l’Hersandrie chez votre vieux papa qui est ravi de vous retrouver, petite.

Et c’est vrai cela. Il a l’air si content que j’en éprouve une joie douloureuse ; car l’idée brûle mon cerveau du coup qui, un jour ou l’autre, le frappera, quand il apprendra…

Pas encore maintenant ! Lui aussi aura son dernier mois de sécurité. Et dans un élan, je glisse mon bras sous le sien ; tandis que, dans la gare du Perray, nous attendons que mes bagages soient installés dans l’auto. Brusquement, il demande, et sa main tape, de petits coups caressants, ma main restée sur son bras :

— As-tu des nouvelles de ton mari ? Quand revient-il ?

Mon mari !… C’est vrai, j’ai un mari…

— J’ai trouvé une lettre de lui, à Paris, en arrivant. Son bras est à peu près remis… Il va de succès en succès… et paraît avoir l’intention de rentrer en France vers le 15 septembre.

— Tu seras encore ici… Et j’imagine qu’il n’y viendra pas.

Que de sous-entendus dans la voix de père ; et que de résolutions dans mon cerveau, qui s’affirment, inflexibles…