— Non, sans doute, il ne viendra pas. Moins nous sommes ensemble, plus cela est agréable.

Simple remarque indifférente. Maintenant, une autre Viva existe que celle qui a si follement gaspillé, jadis, les richesses de son jeune amour…

Père ne répond pas. Nous montons dans l’auto qui s’ébranle et nous emporte d’une allure folle.

En éclair, nous traversons la plaine du Perray. Et puis, c’est la forêt, la forêt de mon enfance, ma forêt, que l’automne poudre d’or roux. C’est une senteur de verdure, humide un peu. C’est le parfum sauvage des pins dont la lueur du couchant rougit les fûts violets. Oh ! qu’il fait bon ! qu’il fait bon !… Que je voudrais que lui, mon ami, fût là, près de moi !… Après-demain seulement, je le verrai.

Mon Dieu, est-ce que je ne puis plus me passer de lui ?… Et, dans moins d’un mois, il sera parti ! Ah ! je perds toutes les minutes où nous sommes séparés ! Le quitter dans quelques semaines ! Et peut-être avec un adieu sans revoir… M’en aller dans le grand inconnu seule comme j’ai vécu… Oh ! Jacques, Jacques, mon bien-aimé, défends-moi, ne me laisse pas partir !…

J’ai sans doute, trahi par un mouvement cette révolte éperdue qui, soudain, a bondi en moi ; car père qui devait m’observer, surpris de mon silence, m’enveloppe d’un coup d’œil attentif.

— Tu as froid ?

— Oh ! non, père. Je trouve délicieuse cette course à travers la forêt.

La brise qui fouette mes joues a dû y ramener une onde rose car un sourire éclaire les yeux de père… Et nous nous reprenons à causer. Il m’indique les hôtes conviés pour l’ouverture de la chasse, dimanche. Marinette, son mari et les poussins ; plusieurs ménages qu’il a choisis parmi ceux qu’il me sait agréable de rencontrer ; puis le clan des chasseurs, au nombre desquels Voulemont, Rouvray et Meillane (!). Pour mon ami, il éprouve une évidente sympathie. Quelques mots rapides, dont je connais la valeur chez lui, m’en instruisent ; et j’en éprouve une ardente douceur. Ah ! en lui, je trouverai un allié, s’il le faut… S’il m’est permis de goûter au fruit merveilleux du bonheur qui m’est tout à coup apparu…

6 septembre.