Je regardais Marinette, je les regardais tous autour de moi… Et il me semblait les voir, comme on aperçoit les gens se mouvoir et parler, à travers une glace sans tain, qui en sépare. Tous se révélaient si confiants dans leur foi en l’avenir…
Que mon pressentiment se réalise, ceux qui étaient là, parleront quelques jours, au plus, de moi pour me plaindre. De même, dans le monde, les hommes qui m’ont désirée parce que j’étais seule, les femmes qui m’ont recherchée, jalousée, ou même méprisée parce que je n’avais pas gardé mon brillant époux. Robert, après le premier moment de stupeur devant le dénouement imprévu, savourera sa liberté… Père et Jacques, eux, souffriront… Et puis, le temps leur apportera l’apaisement. Non pas l’oubli. Pour eux, je resterai un précieux petit fantôme enseveli dans leur cœur.
Je songeais, si loin de tous, que j’ai tressailli à une question de Rouvray :
— N’est-ce pas, madame, que vous voudrez bien poser, dans le tableau que je prépare en vue d’arracher les classiques à leur torpeur ?
Sans réfléchir, j’ai dit :
— Peut-être, alors, serai-je partie pour quelque grand voyage.
Tous se sont exclamés, curieux. Et Marinette, se penchant, avec un baiser, m’a jeté :
— Viva chérie, tu ne parlerais pas autrement, si tu étais en partance pour un monde meilleur !…
Je n’ai pas répondu, et me suis levée pour organiser une table de bridge.
17 septembre.