— Père, parle franchement, et je te répondrai de même.

Il se lève, fait quelques pas de long en large, la tête penchée… Puis il se rapproche de mon fauteuil. Sa main, impérieuse un peu, comme celle de Jacques, se pose sur mon front.

— Ma petite fille, prends garde, tu vas faire jaser… tu fais déjà peut-être jaser sur toi, à propos de Meillane.

— Parce que je sors avec lui, comme je suis sortie maintes fois avec tant d’autres ?… Jamais alors, père, tu n’en as pris souci !

— Ceux dont tu parles ne ressemblaient pas à Meillane et tu ne les prisais pas… comme lui.

— C’est vrai, je l’estime infiniment. Et, c’est vrai aussi, je ne m’en cache pas.

— Oui, pas assez, mon enfant.

— Pourquoi m’en cacherais-je ? Il n’y a rien là que je ne puisse avouer… Pour éviter des bavardages oiseux ?… Cela m’est si étranger, ce que les gens peuvent dire ou supposer ! Je pense, d’ailleurs, que j’ai tout droit d’agir avec autant d’indépendance que mon mari.

— Oui, humainement parlant, selon la stricte justice, tu en as le droit… C’est très exact ! Mais ce droit, Viva, j’avoue qu’il me serait très… pénible de te voir en user… malgré mon ardent désir de te savoir heureuse ! D’ailleurs, telle que je te connais, tu ne pourrais pas être longtemps heureuse, obligée de dissimuler ton bonheur.

— Père, écoute-moi et crois-moi… Je n’ai rien… entends-tu ?… rien à cacher.