Père ne peut pas deviner ce qui me donne, si forte, la certitude de ne pas faillir…
De nouveau, à pas lents, il s’est repris à marcher devant moi. Tout à coup, il se rapproche et son regard, d’ordinaire vif et un peu dur, se pose sur moi, plein d’une pitié tendre :
— Ma pauvre petite fille, tu n’avais pas besoin de cette épreuve-là encore ! Je ne m’étonne plus maintenant que tu deviennes l’ombre de toi-même !
— Une épreuve… d’être aimée comme je le suis par un homme comme celui-là ? Oh ! non, ce n’est pas une épreuve ! C’est un bonheur que je n’aurais pas même osé rêver !… Père, tu es le seul être au monde qui connaît maintenant mon cher secret. Laisse-moi, sans crainte, jouir des derniers jours qui nous restent… Et fie-toi à nous !…
Malgré ma volonté, ma voix tremble, tant j’ai d’angoisse dans le cœur. Père se penche et prend ma tête entre ses deux mains :
— Ma pauvre chérie, sois pleinement heureuse comme tu l’entends…
Et il me laisse, préoccupé par notre conversation, je le devine.
Je le regarde s’éloigner ; puis, songeuse, je demeure immobile, les yeux perdus dans l’infini de ce ciel de septembre, gris sous la brume. Et je tressaille soudain, sentant des larmes mouiller mes mains allongées sur mes genoux…
24 septembre.
A un carrefour isolé, dans la forêt, nous nous retrouvons, après que j’ai laissé ma voiture chez quelque garde. Là, enfin, nous sommes bien seuls !… Et les premières minutes sont divines…