Je suis trop lasse maintenant pour marcher longtemps. Mais je lutte du moins tant que je puis, pour qu’il ne s’en doute pas.

Il en arrive à me croire tout simplement mauvaise marcheuse ; et nous allons d’un pas très lent, à travers les belles allées silencieuses cuivrées par l’automne, son bras ferme me soutenant.

Il me dit ses projets pour nous… Et j’écoute, serrée contre lui comme une enfant fatiguée… Si l’on nous voyait ainsi, que n’imaginerait-on pas sans hésiter ?

Oh ! la vanité des apparences ! Quand on l’a éprouvée, quelle indulgence on apporte à juger !

Hier, il m’a dit, sentant mon pas devenir incertain :

— Viva, mon amour, il me semble que l’automne vous rend bien fragile ! Cet été, à Samaden, vous étiez comme un petit oiseau que ses ailes emportent, quand vous grimpiez vers le bosquet de mélèzes !

Oui, j’ai été l’ardente créature qui, grisée d’air et de lumière, montait, avide d’aller toujours plus haut !… Et ainsi, je ne serai plus jamais… jamais !… Quel glas… si horrible à entendre que, dans un élan de désespoir, je me suis serrée plus encore contre lui… Je lui ai tendu ma bouche pour qu’il y apporte, l’oubli… Et j’ai oublié…

Mais, trop vite, sa voix m’a réveillée, murmurant :

— Viva, vous exigez trop de moi !… Vous me rendez fou et vous voulez que je reste sage ! Je ne suis pas un saint… mais un pauvre homme qui adore…

Oh ! quelle tentation a bondi en mon être de ne plus lutter contre nous-mêmes !